dimanche 29 mai 2011

Le retour

  vers... le JOUR 1 :



En empruntant la route du verger qui part du haut de la Garenne, pour rejoindre la route de Nantes, à pied bien sûr, j'ai pensé aller me faire couper les tifs chez ma sœur à Tohannic. Il fait beau ce jour-là, avec un peu de fraîcheur de mars, les oiseaux s'égosillent et font même un sacré bruit d'enfer ; je marche d'un pied ferme, car depuis quelque temps l'envie de marcher m'a reprise et je ne rate pas l'occasion de laisser ma voiture au parking.
Nous sommes le mercredi 23 mars 2011 et sur cette même route, le mardi 7 septembre 2010, je prenais la route pour Rome à pied, parti de la place de la Libération chez Martial à l'Amphibar, où tous les copains étaient venus pour mon départ. Cette nuit-là, le sommeil n'était pas au rendez-vous ; normal, l'angoisse du départ et l'aventure dans laquelle je m'étais engagée sans trop réfléchir, une envie comme çà qui avait surgi dans mes pensées, un projet de voyage à pied, et pourquoi pas pour Rome, me perturbait.
Dans quel pétrin je m'étais mis ! Car dès que l'idée apparut, elle m'envahit littéralement et je savais déjà qu'elle ne me quitterait plus, tant que je n'aurai pas décidé soit de l'abandonner, soit de la mener à son terme.
Je devais être déjà comme ça à 8 ans lorsque j'ai décidé de partir de Surzur  à pied pour Berric, à 14 km de chez mes cousines Michelle, Danièle et Marie-Laure. Ce jour d'été 1958, Jacqueline ma petite soeur, se faisait enlever les amygdales, et mes parents fort occupés, m'accordaient peu de temps.
Sentiment d'abandon peut-être ! Qu'est-ce qui peut pousser un gamin de 8 ans à partir à pied pour un périple de 14 km ? Je me souviens que j'avais un parcours précis en tête, car cette route, je l'avais empruntée bien des fois avec mes parents en voiture. Il faut dire qu'à cette époque nous fréquentions beaucoup la famille Crolas ; j'adorais mes cousines et me sentais bien chez eux. Ma mère Raymonde et ma tante Geneviève étaient très proches, donc on se voyait souvent. La route, je l'avais dans la tête, mais aussi dans les jambes, puisque mon corps a bien tenu le coup et je ne me suis même pas égaré. Aujourd'hui encore, j'ai toujours ce chemin bien présent à l'esprit, et de plus avec l'aide des cartes IGN, je devrais y arriver sans problème, c'est ce que j'ai ressassé une bonne partie de la nuit.
Revenons donc à mon départ pour Rome. A 5h du mat, debout, vérification du sac à dos et de ma liste, bien trop longue d'où trop de poids, et pourtant la veille j'avais tout pesé. Ce sac que je remplissais, j'allais devoir le faire tous les matins pendant 111 jours, mais çà je ne le savais pas encore.
Ma tenue de départ se composait d'un pantacourt et de chaussures achetées la veille, car mon premier choix n'était pas bon, ayant eu un doute sur le poids.
J'avais proposé par mail à tous mes copains d'être chez Martial à 8h, pour un café-croissant bien français. Je quittais la maison à 7h15 avec tout mon bardas et aussi un peu de flotte dans les yeux qui traduisait une émotion pas contrôlée du tout. Il faisait encore nuit et en traversant le couloir et le parking, je ressentais un sentiment étrange de quitter ma maison avec mon sac sur le dos, de tirer la porte derrière moi, sans faire trop de bruit afin de ne pas réveiller Laurence (qui pourtant devait être chez Martial à 8h30 !).    
Le grincement familier de la porte ce jour-là ne ressemblait pas à celui entendu habituellement ; il avait un son particulier, celui d'un au revoir ou d'une sorte de "surtout n'oublie pas où tu habites". Peu importe le temps d'absence, faut pas oublier le chemin du retour. Aussitôt la porte fermée, ce fut mes premiers pas vers Rome, ville mythique pour moi, premiers pas qui empruntèrent la rue de Bernus puis la rue Pasteur. Ses pas ne résonnaient pas comme d'habitude, car c'était la première fois que je partais à pied aussi loin.
Malgré le poids du sac, j'avais le pas léger en prenant la rue Jeanne d'Arc et où à 50 m à gauche un peu plus loin, se trouve le boulanger où j'achetais les croissants pour le café du départ et ma baguette pour mon premier pique-nique. A la jeune et jolie boulangère que je ne connaissais pas, je ne pus m'empêcher de dire le but de mon voyage et surtout par quel moyen je l'entreprenais. Un sourire au coin des lèvres et une expression sur son visage ne me trompèrent pas : "encore un dingue..." devait-elle penser.
Ces étonnements, je devais les rencontrer tout au long de mon périple, tellement ce projet parait insensé à beaucoup.
En passant devant le n°14 de la rue Jeanne d'Arc, une pensée émue pour les bureaux au premier étage qui ont été mon lieu de travail durant la période folle de Crep'npizz ; c'était là le siège de l'entreprise.
J'arrive en avance chez Martial et il n'est pas encore là. Il faut dire que Martial doit ouvrir sa porte un peu plus tôt que d'habitude, car c'est un jour exceptionnel pour lui aussi.
Déjà mes cousines Marie-Laure et Michelle sont au rendez-vous, comme elles le furent en cet été 58 à mon arrivée à Berric. Il y a aussi Alain, le nouvel ami de Marie-Laure, que je connais peu. Avec Michelle, on a fait ensemble beaucoup de conneries, surtout à Surzur quand Michelle était en pension chez nous puisque son école était à Vannes. Manquera Danielle que je retrouverai avec son mari, Jean (son "mec" comme il se plaît à se nommer lui-même), quand mon parcours passera par Manosque quelque 65 jours plus tard.
Sitôt le bar ouvert arrivent Marie-Jo et Guénahel, mon pote de toujours, le plus ancien probablement, car à 17ans, lorsque j'étais apprenti commis d'architecte au 7 rue Victor Basch, Guenahel était lui, apprenti photographe chez Decquer, rue du Mené ; on partageait un sandwich tous les midis au café de la mairie. Le plus drôle, c'est que Guenahel apprenait le métier que je rêvais d'exercer, tandis que celui que je tentais d'apprendre ne me plaisait pas vraiment ; je ne pense toujours pas que j'avais beaucoup d'aptitude pour devenir commis d'architecte. Le hasard et une idée saugrenue de mes parents qui eux pensaient que j'étais fait pour ce métier, apparurent le jour où l'on enterrait mon grand-père paternel, le 22 mai 1957 : un filleul de mon père, Michel Thomas, avait un cousin, Michel Guillanton, qui venait de s'installer comme architecte et cherchait un apprenti. Cela fit tilt chez ma mère qui ainsi, allait écrire la première page de ma vie professionnelle. Rendez-vous fut pris chez Michel Guillanton, qui habitait à l'époque au 10 rue Alphonse Guérin, juste à côté de mon domicile aujourd'hui. Parenthèse refermée.
Ensuite, arrive Patrick Le Yondre, copain récent rencontré chez Martial, ancien directeur du crédit immobilier qui a financé notre loft.




Présente aussi Jacqueline, ma sœur qui ne raterait mon départ pour rien au monde (et qui va beaucoup mieux depuis qu'on lui a enlevé les amygdales il y a 54 ans !), et qui est un peu responsable sans le savoir de mon destin de marcheur. Elle a partagé avec moi une marche de 7 jours de Vannes à Quintin, soit 175 km sur les Côtes-d'Armor que nous avons parcourus en 2006. Suite ou grâce à cette marche qui nous a beaucoup rapprochés j'ai pu renouer avec Jean-Yves son mari, avec qui j'étais brouillé depuis 30 ans. Bienfait de la marche donc, qui me réservera encore bien des surprises...
Les copains arrivent progressivement :
Jean-Pierre, à l'origine ami de Laurence (qui me reproche d'ailleurs de lui voler ses copains !) est devenu un compagnon de marche. Nous avons partagé de nombreuses randonnées en Bretagne, en Corse et sur Compostelle 2004.
Gael, encore un copain que j'ai piqué à Laurence, est aussi un compagnon de marche depuis 2006. Nous faisons ensemble tous les ans une semaine sur Compostelle, chemin français du Puy-en-Velay jusqu'à St-Jean-Pied-de-Port.
Sylvaine et son ami Francis, que j'ai connus grâce à la proximité des bureaux de Lézart Graphique avec le conseil général, et à qui j'ai fait partagé mon expérience de la marche, notamment il y a peu sur Vannes-Questembert, soit 27 km ou 7 heures un peu difficiles quand même. Francis, est un pêcheur invétéré de palourdes et de tout ce qui se trouve dans l'eau de mer ou l'eau douce. On a partagé récemment une marche-récolte de palourdes sur l'Ile d'Arz et Francis est vraiment un champion dans le domaine.
Martial et Lili, amis très proches, encore des copains de Laurence, avec qui j'ai également partagé plusieurs marches, mais séparément ; j'aime bien ça aussi marcher avec un seul compagnon, c'est toujours différent quand le couple participe.
Bernard Landrain, un copain de longue date, passionné de marche et fondateur du Raid Golfe, association qui se rassemble chaque année vers fin juin. Ce que fera Bernard tout au long de cette marche vers Rome, sera assez surprenant et très touchant pour moi.
Un autre Patrick, journaliste à Ouest-France, deviendra grâce à ses articles parus durant tout mon parcours, le déclencheur de ma "popularité" sur Vannes, et du même coup, un sacré support moral pour moi.
Et enfin arrive mon amoureuse, Laurence, celle qui partage ma vie et qui me supporte depuis 16 ans. Malgré l'heure précoce pour elle, elle sera là pour accompagner mes premiers pas et faire des photos évidemment.
Voilà ! Tout ce petit monde présent me toucha beaucoup. Mais malgré la bonne ambiance, il va falloir que je parte. Ça coince un peu, quelques nœuds dans les intestins... La photo "finish" de départ pour la presse et me voilà parti pour la ville éternelle !
9h30, mon pas est vif, ma démarche légère, le bonheur n'est pas dans le pré, mais bien dans les rues de Vannes pour l'instant. Je suis tellement plongé dans mes pensées que je ne vois rien des rues que je traverse. Je réfléchis davantage au plus court chemin, je descends la rue de la Loi puis la rue Thiers jusqu'au port. Je me rends compte que je marche très vite comme si j'avais un train à prendre. Je vais avoir tout le temps de ralentir pendant les 110 jours qui vont suivre.
Quand j'arrive à La Garenne, Laurence me double en voiture, elle va m'attendre sur la route du Verger pour un dernier au revoir et inscrire mon passage sur la pellicule virtuelle de son appareil photo.
Puis Jacqueline ma soeur, la rejoint ; on a tous la larme à l'œil et je ne sais pas encore que 500 m plus loin sur le parking de Netto, m'attend Jean-Pierre pour faire quelques km avec moi. Ces photos que je revois aujourd'hui me laissent perplexe ; j'ai l'air très concentré, mais aussi heureux, plus du tout angoissé, mais plutôt libéré de ce moment du départ. Les angoisses, c'étaient pendant la nuit passée et les jours précédents.
Je ne suis pas très inquiet pour mon physique, car j'ai la forme ; j'ai perdu une dizaine de kilos depuis un an, signe avant-coureur d'une préparation physique, et d'une volonté de changer mes habitudes alimentaires.
Pourtant, au bout de 3 ou 4 km, les chaussures neuves commencent à marquer mes doigts de pied et le soir même je constaterai mes premières ampoules. Incroyable bêtise pour un marcheur de mon expérience, mais bon, cela passera vite.
Jean-Pierre me quitte avant d'arriver au village du Saindo ; je sais qu'il était un peu contrarié, car il souhaitait faire les deux premiers jours avec moi, mais j'ai décliné son offre, car après-demain je dors chez Gael pour deux nuits, et j'avais envie d'être seul à marcher ces deux premiers jours.
On ne se comprend pas toujours sur ce terrain-là avec Jeanpie, (c'est comme cela que je l'appelle) et il a cru que je ne souhaitais même pas faire ces premiers km avec lui ; il était bien déçu... Plus tard lorsqu'il viendra me rejoindre, nous aurons d'autres fâcheries, mais c'est aussi cela l'amitié, on n’est pas obligé d'être tout le temps en harmonie.
Quoi qu'il en soit je vais me rendre compte au fur et à mesure que la solitude ne me pèse pas, je suis vraiment un marcheur solitaire.



Je traverse le pont de Noyalo ou j'observe un pêcheur à la ligne et je donne des mies de pain à des canards, très à l'affût de cette friandise.
Je prends ensuite le chemin des bois qui mène à Surzur ; celui-là, aussi je le connais bien, je l'ai même emprunté avec mon père, à partir de Noyalo ; il avait alors 90 ans et on a marché 2 heures, incroyable non ? Ce fut aussi l'occasion de parler avec lui, qui n'est généralement pas très enclin à la confidence sur son passé, mais là super ! j'ai appris beaucoup sur le couple que formait mes grands-parents.
Me voici devant la Croix du Martyrs. Une croyance ancienne à Surzur raconte l'histoire d'un chouan torturé et tué à cet endroit durant la Révolution française. Depuis, les jeunes enfants qui ne marchent pas de bonne heure à Surzur, sont présentés à cet endroit pour les aider dans leurs premiers pas.
Bon, après un premier pique-nique, j'appelle mon cousin Marcel Le Nevé,  maire de Surzur depuis bientôt 14 ans. Avec Marcel aussi j'ai des vieux souvenirs. En effet, alors jeune marié en 1966, il travaillait au trésor public de Questembert, et moi j'étais au collège de cette même ville. Il m'emmenait donc tous les matins avec sa 3cv de l'époque et on partait, lui pour son administration où il était jeune fonctionnaire, et moi pour mon collège où j'étais en classe de 4ème. 40 ans plus tard, Marcel a fait une très brillante carrière puisqu'il est devenu trésorier-payeur général à Vannes, avant de prendre sa retraite et d'assurer son rôle de maire à Surzur jusqu'à ce jour.
Il vit des moments personnels difficiles avec la maladie d'Alzheimer de sa femme. L'envie me prend de lui rendre visite. Il est surpris de ma démarche et surtout de mon projet.
Mais j'ai une autre visite à faire, et là je n'ai pas de rendez-vous, pas besoin, ils sont disponibles pour l'éternité... au cimetière. C'est là que reposent mes grands-parents maternels, Louise et Hyacinthe Dorso ; j'ai tellement de souvenirs avec eux que je leur devais bien cette visite, d'autant plus que mon chemin passe juste à côté. Mon grand-père d'abord. J'adore son prénom ; j'aurais aimé donner ce prénom à l'un de mes enfants, mais cela faisait bizarre à l'époque et pourtant, chez nos grands-parents, on donnait traditionnellement le prénom du père au garçon aîné de la famille. Ce grand-père que ma mère a souvent décrit comme ayant un sale caractère, grognon, autoritaire, je l'ai bien aimé. J'ai été souvent à la pêche avec lui et j'ai quand même vécu 14 ans avec mes grands-parents sous le même toit.
Quant à ma grand-mère Louise, la bonté même, toujours très occupée avec ses animaux, surtout les poules avec qui elle parlait beaucoup. Bien sûr, étant enfants, on se moquait parfois d'elle. Elle était très croyante et j'imagine l'effet que cela lui aurait fait si elle avait appris mon projet pour Rome. C'est pourquoi je lui dédis cette marche.
Ces chemins aux alentours de Surzur ne me sont pas indifférents puisque c'est toute mon enfance qui est là, autour de moi, sans compter ce cimetière où reposent bon nombre de voisins, amis, famille, que j'ai connus.

 



Le chemin qui continue à gauche pour rejoindre le GR 34 vers Ambon, me fait signe, m'appelle avec un "eh ! t'es pas au bout de ta journée". C'est vrai, assez de nostalgie et place aux vivants. Mon objectif d'aujourd'hui est de rejoindre le centre de prière à la pointe de Penlan-en-Billiers. C'est là où je vais passer ma première nuit. Je laisse derrière moi le bourg de Surzur avec son église dominante, pour rejoindre les marais d'Ambon par Trely, ces marais où j'allais pêcher le carrelet avec mon grand-père, ce qui était une grande joie pour moi, ainsi que de monter derrière sa motocyclette 125, avec les vitesses à main sur le côté. Cette moto me fascinait ; j'avais tellement envie de monter dessus pour la faire démarrer, mais évidemment je n'avais pas le droit d'y toucher. Pourtant un jour où mon grand-père n'était pas là, j'ai tenté de la démarrer sans succès hélas et heureusement, car j'aurais été au-devant de graves ennuis. Quand la moto eut rendu l'âme, mon grand-père s'est acheté une mobylette, et moi avec mon vélo, je le suivais. Je le vois encore partir avec ses cannes à pêche ficelées sur le cadre. Vers 16 ou 17 ans, c'est moi qui héritais de cette mobylette Motoconfort après que le solex 3800 dernier cri, que j'avais aussi utilisé, soit confié à ma petite sœur pour aller travailler à Sarzeau.



Ces marais d'Ambon sont magnifiques, parcourus par de petites rivières que la mer a creusées et qui subissent l'influence des marées, la vase sur les flans en témoignant. C'est aussi grâce à ces marées que le poisson naviguait et se faisait prendre au passage par les carrelets (un filet tendu par deux bois croisés, suspendus à un grand mât qui partait de la berge et que l'on manœuvrait en le hissant à l'aide d'une corde. C'était assez physique et les mulets que l'on prenait faisaient d'assez belles prises. Je me revois encore surveiller le filet qui sortait de l'eau ; c'était un moment très émouvant de voir ces quelques poissons, mulets ou anguilles, qui frétillaient encore avant d'aller finir leur vie dans la poêle de ma grand-mère Louise.





 


Ah ! j'aperçois au loin le moulin de Billion, dernier témoin d'un passé lointain ou le meunier produisait la farine, matière première des boulangers du coin dont Hyacinthe faisait partie. C'est ainsi qu'il connut ma grand-mère qui habitait à Ambon, en allant chercher sa farine. Il fallait à l'époque tenir quittance auprès du douanier, mon arrière grand-père, pour régler le droit de transport. Quelques gouttes de pluie me ramènent sur cette terre que mes chaussures neuves martèlent, le sol devenant glissant. Mais pas encore assez de pluie pour mettre la cape, alors je décide de sortir le parapluie dont je me suis équipé pour cette marche, très pratique et protecteur pour le sac.
L'arrivée à Ambon me donne envie de visiter l'église St Cyr du XIIIème siècle, un ensemble architectural harmonieux de l'époque. Pas de chance, elle est fermée !
Normalement le GR 34 prend la direction de Damgan par Ste Julite, pour rejoindre ensuite Muzillac ; cela fait encore beaucoup de kilomètres. De plus, la pluie commence vraiment à s'installer, alors je prends la route directe pour Muzillac. Le problème, c'est qu'il est déjà 16h30 et mon arrivée prévue à 17h au centre de prière est bien compromise. Je décide donc de prendre la route de 6 km entre Ambon et Muzillac. Voyant la pluie qui redouble et les banquettes vraiment pas larges, la marche à gauche s'impose. On dit que dans la vie il vaut mieux voir le danger arriver en face, la marche pour moi c'est la vie aussi.



Depuis que j'ai trouvé le plaisir de marcher après l'opération d'une hernie discale, je me rends compte que ce plaisir, je l'ai découvert il y a longtemps, quand j'avais 17 mois. J'étais alors un marcheur attardé, ayant d'abord eu le plaisir de parler. Ma mère a bien failli m'envoyer à la Croix des Martyrs ! (je n'avais pas vraiment la vocation d'un martyr). "Sacré Nono, il faut vraiment qu'il ne fasse jamais les choses comme les autres". Cette parole facile, je l'ai entendue toute ma vie au cours des différents métiers que j'ai exercés ; elle ne m'a jamais quittée et me poursuit encore aujourd'hui à travers mes différentes rencontres.

 




Je me suis mis à marcher rapidement pour arriver à Muzillac sous une pluie battante. Le parapluie fait bien son boulot mais la cape de pluie s'impose à présent. Arrêt à l'entrée de Muzillac, dans un bistrot pour un chocolat chaud qui réchauffe le cœur et le corps. Muzillac m'évoque aussi l'histoire de la famille du côté de mon père ; nous y fréquentions souvent des cousins, la famille Archambaud, dont Roger, cousin germain de mon père, tenait un garage.
J'arrive à 18h au centre de Prière, l'accueil a été surprenant. Le directeur n'étant plus là à cette heure, le gardien devait m'indiquer ma chambre. J'étais quand même fatigué par cette première journée ; le compteur indiquait 32 km, et bien mouillé en plus. Alors le gardien qui tarde à ouvrir, m'agace un peu, mais la suite s'avéra encore plus croustillante. Il finit par ouvrir avec une tête un peu enfarinée, visiblement je le dérangeais. À peine deux mots échangés. Le centre paraissant grand, avec la pluie en plus, voyant qu'il m'indique le bâtiment, et monte dans son véhicule et je me dis, tiens sympa, on y va en voiture. Mais surprise au moment où je tente d'ouvrir la porte arrière : il démarre en trombe, me laissant sur le carreau, éberlué. Je reprends mon sac et le rejoins à pied, très en colère, et en tant que digne petit fils de Hyacinthe Dorso, je la lui fais sentir, surtout qu'il a presque failli me renverser ! 
La suite est meilleure. Apparaît un magnifique bâtiment qu'on appelle le château (vrai, c'est un ancien château). J'ai une grande chambre et il semble que je sois seul dans cette immense bâtisse. Mon repas est prévu à la cafétéria dans un autre bâtiment ; le gardien, devenu un peu plus aimable, m'explique où je dois me rendre. La cafétéria est composée d'un self et d'une salle de restaurant ; un couvert a été dressé à mon intention, seul couvert dans cette grande salle. 
Justement seul, c'est ça qui ne va pas à cette heure de la journée. Si je recherche cette solitude en cours de marche, je suis touché de l'attention que l'on a pour moi à l'étape du soir, j'ai l'impression d'être un personnage important ! Et ce que je veux, c'est rencontrer du monde et parler, et interviewer des gens ! Surtout dans cet endroit qui a sûrement une histoire (je vous la raconterai plus loin).
Bref, je suis servi copieusement, et assez drôle, l'entrée est du taboulé ! Ils ne pouvaient pas savoir que j'en avais déjà avalé une pleine barquette à midi, achetée au Netto de la route de Nantes !
Je me suis littéralement empiffré ce soir-là et je remercie chaleureusement cet accueil hors norme avant de rejoindre ma chambre et de m'écrouler de fatigue. Ouf, quelle journée ! 





 

Portez-vous bien et surtout ne lâchez rien 
(cette phrase apparaîtra sur le blog seulement quelques semaines plus tard).



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